COULURES

Série 1 « Coulures » 2006/2008 – Série 2 « Emergences » 2008/2009 – Série 3 « La chute, le temps » 2009/2010 – Série 4 « Polychromic forms » 2010/2011 – Série 5 « Existing » 2011/2013 – Série 6 « Architectures aléatoires » 2014/2015 – Série 7 « Les inondées solitudes » 2015/2016 – Série 8 « Destinations d’encres » 2016 – Série 9 « Le ciel égaré » 2016 – Série 10 « Le silence des abîmes pensées » 2017

SERIE 10 « Le silence des abîmes pensées » Coulures 2017

             

           

Le silence des abîmes pensées.

Texte à venir

SERIE 9 « Le ciel égaré » Coulures 2016

 

 

 

 

 

Hommage à Cy Twombly, Rodolphe Cosimi, 2016

Le ciel égaré.

Texte à venir

SERIE 8 « Destinations d’encres » Coulures 2016

 

 

  

 

Destinations d’encres.

Un peu à la manière de la variation musicale, Rodolphe Cosimi a cherché dans cette série à approfondir le thème d’une peinture libre à travers plus de quatre cent œuvres papier. Ce travail de la coulure à l’encre donne à la couleur les moyens de vivre une expérience nouvelle. De bord à bord, ces coulures se rencontrent, s’entrechoquent, s’attirent ou se repoussent, franchissant les frontières de la feuille et s’abandonnant ainsi au terme d’un conflit de deux réalités possibles.

SERIE 7 « Les inondées solitudes » Coulures 2015/2016

     

  

  

  

  

SERIE 6 « Architectures aléatoires » Coulures 2014/2015

    

    

SERIE 5 « Existing » Coulures 2011/2013

 

 

 

 

 Rodolphe Cosimi, Adagp 2015

Rodolphe Cosimi Adagp 2015

Existing.

Depuis plusieurs années, Rodolphe Cosimi s’est consacré à la recherche d’un langage personnel à travers les coulures qui sont devenues sa référence et sa signature. A l’éclairage de son travail récent intitulé « Existing » (Série 5), au travers de portraits de personnalités, dont quelques-unes encore vivantes, l’ artiste peintre et plasticien interroge une fois de plus le temps qui s’écoule, invitant le regardeur à se poser la question de notre présence au monde et à réfléchir sur le passage fugace de l’homme confronté à l’univers immuable. Ainsi, ses coulures sont articulées autour de la mise en présence de la réalité humaine, de son sens, de sa portée. Rodolphe Cosimi explore un mixte et une ambivalence de l’abstraction et de la figuration, sur la frontière ténue qui sépare les deux; il met en scène la rémanence du vécu de l’être, acteur de la comédie humaine, ces personnalités qui ont fait le monde, qui ont contribué dans de nombreux domaines à l’avancée de notre civilisation. Quelles traces laissons-nous sur terre en partage avec les autres ? Soumise au temps qui passe et aux affects, la mémoire reste intacte pourtant. Les coulures en sont la métaphore, apparaissant dans leur cheminement vertical comme un rapport des êtres au monde. Si l’artiste a bien l’intention de rendre un hommage, il ouvre néanmoins une voie de réflexion plus profonde que l’effet de présence du portrait, en suggérant ce qu’il reste et le passage du temps. En tentant d’établir les conditions de cette réflexion, «Existing» témoigne du lien que nous entretenons avec autrui mais également de celui que nous avons avec nous-mêmes. Dans les portraits en coulures, dans l’apparition presque fantomatique des visages, proches de la figure de masque, l’artiste revisite à sa façon un genre de représentation, sans doute le plus prolifique de la peinture et de toute l’histoire de l’art, en démontrant l’actualité du portrait et la part qu’il peut prendre encore dans les préoccupations d’aujourd’hui. Il ne s’agit pas pour Rodolphe Cosimi de fixer des ressemblances morphologiques exactes mais bien plus de saisir le secret de l’être, son identité et son altérité à la fois. Les coulures, dans ses puissants contrastes, s’expriment librement dans le temps et l’espace qui leur sont impartis. La peinture devient ici un médium qui donne accès à une réalité supérieure, invisible pour les yeux au quotidien. Les visages et les coulures réunis sont porteurs d’une valeur universelle.

Préface [In catalogue Exposition Mas d’Artigny St Paul de Vence 2013]

SERIE 4 « Polychromics forms » Coulures 2010/2011

Rodolphe Cosimi Adagp 2015

  

  

  

  

  

Présence . Polychromic forms.

La série 4 des «Coulures», travail de référence de l’artiste plasticien Rodolphe Cosimi, est consacrée à la création de sculptures polychromes intitulées Présences. Expérimentales, elles combinent volume et peinture pour produire des formes hybrides qui semblent croître à l’infini. Après avoir abordé la sculpture, par l’étude et les réalisations de bas-reliefs contemporains orientées vers l’intégration de l’art dans la ville, l’artiste associe étroitement dans cette nouvelle approche, le travail de sculpture à celui de la peinture, toujours en continuité de ses recherches sur les coulures. Il s’agit ici d’une avancée significative dans sa démarche où la sculpture porte résolument son langage et engendre son identité.
Cette série présente des formes presque humanoïdes, surgies de l’imaginaire ou de l’inconscient, qui ont la vitalité organique des forces secrètes de la vie, dans la tension figée de leur lente remontée des abysses, de leur émergence de la terre. L’artiste reste fidèle à la verticalité quasi sacrale et à une abstraction qui rejette l’idée de représentation, préférant une création qui porte en elle ses propres lois. Henri Laurens a écrit : « la sculpture est essentiellement une prise de possession d’un espace, la construction d’un objet par des creux et des volumes, des pleins et des manques, leur alternance, leurs contrastes, leur constante et réciproque tension et, en définitive leur équilibre… Avant d’être une représentation de quoi que ce soit, ma sculpture est un fait plastique et, plus exactement, une suite d’événements plastiques, de produits de mon imagination, de réponses aux exigences de la construction. » Ici, l’artiste Cosimi choisit de transgresser le réel et de s’en éloigner volontairement pour ouvrir sa création plastique où la notion d’accident – rappelons le sens d’accidens qui vient de accido, signifiant : tomber sur, – devient une condition sine qua none, un support dans la logique des coulures et de leur existence.
Dans les métamorphoses informelles de ces Présences, les formes s’engendrent, sans cesse renouvelées dans des mélanges matière/peinture qui donnent naissance à des figures qui se racontent selon ce que chacun voit, évoluant selon des architectures fragmentaires, mues par une dynamique ascensionnelle et des poussées intérieures. Constructeur, Rodolphe Cosimi crée et exprime, comme une évocation géologique, l’intensité des chromatismes et des tensions vitales, un monde à venir dans un apparent équilibre. Appréciant les possibilités plastiques infinies de la matière mais aussi celles de la palette polychromique, l’artiste travaille la terre, ce matériau tactile dont l’immédiateté dispense une expressivité profonde. Ce langage figuré décline des configurations anthropomorphes d’une troublante incarnation. La polychromie modèle la lumière tout en renforçant le volume et les effets. A travers ses œuvres nouvelles et mystérieuses, Rodolphe Cosimi donne vie à la matière et l’habille.
L’argile sert aussi la gestuelle très personnelle de la main de l’artiste, telle une chorégraphie aux attitudes d’improvisation, jouant avec les déséquilibres harmonieux. L’aléatoire de la sculpture et de la peinture lui dictent cette écriture personnelle dans une mise en volumes articulée. Ainsi, dans cette envolée de plis, de torsions, de courbures, de cavités, de protubérances, sa sculpture fait appel à l’improvisation comme à la pensée. Rodolphe Cosimi s’attache, avec une égale conviction, à développer les thèmes de liberté de mouvement, d’écoulement, de temps et d’évènements, liés aux métamorphoses exprimant l’énigme de l’être et des traces qu’il laisse dans l’espace, dans le temps. Dans la complexité des phénomènes que le regardeur peut apprécier à travers ces œuvres, les reliefs et les traces interagissent mystérieusement, établissant un dialogue entre la forme et l’espace, entre la lumière et les plans qui la réfléchissent.
Dans cette sculpture peinte au fort pouvoir imaginaire, c’est un univers qui se dévoile, sous l’emprise de ce que Rodolphe Cosimi appelle les grandes forces de la nature. Se voulant architecture métaphorique aux volumes primitifs voire organiques, chaque pièce évoque la temporalité, l’autonomie, la condition existentielle et chaque fragment, derrière son enveloppe sensible, dispense des tensions ou libère des énergies. Elle donne naissance à une réflexion, une méditation sur la présence, s’inscrivant dans la source des origines, cristallisant l’ordre existentiel et le mystère de la création. Par la peinture qui s’y appose, qui y coule, qui y serpente, qui se fraie un chemin sur le parcours du relief, Rodolphe Cosimi interroge l’art où les valeurs humaines et la réflexion dialoguent à l’unisson de la matière, tentant, dans l’aventure spirituelle et plastique, d’exprimer l’inexprimable.
L’écrivaine Paule Stoppa parlait, dans l’une de ses critiques consacrée au travail de l’artiste (§ «Coulures, ou quand l’accident devient langage» 2007), de la volonté de ce dernier à «s’exercer à provoquer l’existence des coulures et à en démêler les sens conduisant un propos dont l’ambition s’apparente à celle d’aussi grands créateurs que Pierre Soulages ou Jackson Pollock». Le passage à la troisième dimension conduit ici l’artiste à la mise en évidence de multiples possibilités de développement sur de nouveaux «terrains d’expérience», comme il aime à le qualifier, terrains à travers lesquels va cheminer et exister la peinture au gré des complexités de telles sculptures. La question de l’impossibilité de prévision, de contrôle ou bien de maîtrise se pose encore de façon récurrente, et ce, depuis la toute première série. Dans ces périls potentiels de la matière, les coulures évoluent et profitent des vides et des saillies issus, somme toute, d’un environnement différencié, pour se manifester pleinement et instinctivement. Produire l’accident plastique/langage, réunir dans la confrontation l’élévation de la matière et la chute des Coulures sont la prémisse du processus créateur de Rodolphe Cosimi.

Préface [In catalogue Exposition St Cézaire 2010]

SERIE 3 « La chute, le temps » Coulures 2009/2010

 

 

 

 

 

La chute, le Temps.

Inéluctable. Volontaire. Coule, se meut, chute, la peinture, comme une matière d’architecture, un magma. De la couleur agressée émerge une force, une énergie de la trace, sans compromis. S’accepte, se refuse, se partage. La maîtriser ou s’en remettre à elle, voilà la décision terrible à prendre sur son territoire. Prend corps et liberté dans sa chute propre. Un fluide s’abandonne sur l’espace de la toile en laissant cette empreinte de mémoire, son lieu, son temps, son repère qu’il révèle et puis abandonne. Dans la séquence, c’est une épaisseur du temps qui tire un trait sur son histoire, sur son errance.
La coulure aboutit dans l’espace où s’agite chaque élan jusqu’au vertige. Dans cette liberté apparente, une indifférence, non détachée d’un fond de vie, elle s’invente une fin ou ressuscite, à l’origine d’une beauté, d’une naissance. Difficile est le visible du temps, gouffre de la couleur. Sombrant dans l’oubli et les régions de la toile, elle cicatrice la blessure, incise d’une temporalité, de sa lenteur, en figeant les fragments de son effondrement, de sa ruine, de sa gravité assurée. Révèle sa présence pour goûter le souvenir du présent. Les récits fractionnés d’une histoire, si courte soit elle, mais vécue. Chute d’Icare. Secondes, minutes, éternité. Dans cette partition du temps, le corps se pétrifie, transite dans la succession des révolutions. Solitude de la peinture que l’on craint ou que l’on fuit, où l’on se réfugie.
Du vide d’où elle provient, elle repart, capte et scelle dans ses réseaux de partages, d’ajouts. Conquis en dépit de ce qui la précède, un axe sans fin, sans réserves. S’alterne, apparaît puis s’enfonce dans ses effacements, phénomènes des formes cachées du réel, hors de l’univers des similitudes. Chaque projet est une usure du temps, un glissement sur l’origine. Mais de quel temps s’agit-il ?
Coulure. Fine couche, se contracte , se dilate, s’épanche, absorbe le monde et dédouble quelque chose d’elle, en retrait, suivant son propre mouvement. Coule, s’étire, met au grand jour, trouble, s’achève. Où vont donc cette charge du passé et ce pressentiment du lendemain ? Coulure, essence et présence. Se hissant à sa hauteur, dans sa chute, la peinture s’articule dans l’expression, s’isole, libre de contraintes, de restrictions, l’espace d’un instant.
Dans le débordement des apparences, elle trouve sa solution, sa voie au confins d’elle-même, se délivre et défait la peinture, l’homme. Témoigne les moments d’horizons dévoilés derrière les rideaux de silhouettes. Comme s’inscrit le temps et non la matière éphémère, simulacre d’immortalité, dans cette dangereuse satisfaction de la chute originelle mais dans l’immuable fugacité de la trotteuse. De bords à bords et au-delà. Des marges, masques, l’intérieur du temps, un infini sans bordures, la peinture. Elle rythme et reflète dans ses lumières parcimonieuses le mouvement qui appelle notre basculement.
La menace d’une résistance écartée, la masse se transmet, prise rapide, prise lente, prise solide, prise durable, coulées, retenues, les imperceptibles mélanges s’additionnent, sans entrave, dans leur expérience propre et des bribes de leurs durées. Dans la valeur du lieu qui n’est pas que sa surface, la peinture s’abîme, en ce qu’elle montre, en ce que son corps, sa peau, coulure sature. Insoumise. Un corps qui travaille pour ne pas s’effondrer, échapper à l’horizontalité du temps, la lourdeur de la réalité, et relier à la terre l’existence, paradoxe. Se redresse en permanence, flottant librement. Dans ces écarts, dans nos ombres et reculs, lieux étranges, la peinture ne répond aucunement mais implique. Son visage glisse, danse, se réfugie dans la force ou la faiblesse des imprévisibles.
Éveil de la verticale, gain sur cette force d’attraction souterraine. Coulure, ou sortir différent, efface ce qui existe, éclaire l’inquiétude, noie le fondement des certitudes. Peinture qui devient ce qu’il reste à parcourir dans le peu de temps dont le visible dispose. Approche du devenir, s’écarter de la norme immanquablement. Équilibre instable. Équilibre improbable, entre un temps qui défile et une liberté qui construit.

Août 2009, New-York, Rodolphe Cosimi  [In catalogue Exposition Espace St Bernardin Le Cannet]

SERIE 2 « Emergences » Coulures 2008/2009

 

 

 

La fuite des pigments.

Lorsqu’on lui demande les raisons de sa démarche picturale, Rodolphe Cosimi, parle du mystère qu’il entend éclairer pour lui-même et pour les autres. Des années de randonnées et d’observations de la roche modifiée par l’eau qui coule ont peut-être provoqué cette passion de peindre. Tout autant que l’apprentissage auprès des maîtres des Beaux-Arts.
L’important, selon lui, est cet engagement physique qu’il a avec la toile, avec le châssis, presqu’un corps à corps qui le place en condition de dialoguer avec une coulure, car dit-il « la coulure piège du temps, promesse d’infini ». Comme dans un atelier d’artisan, il connaît les insatisfactions et les joies que donne l’ouvrage en cours. Son attention est égale à celle que l’ouvrier pouvait avoir en observant le plomb fondu coulant d’un moule, qui est ce qu’on appelle une coulure, sorte d’introduction à la métaphysique. Mais là s’arrête la comparaison, puisque l’artiste n’a pas les mêmes contraintes économiques et que le temps qu’il s’octroie à observer la métamorphose des pigments liquides en phase de solidification est un temps personnel, privé. Course des pigments pour échapper au cadre? Tentative d’apprivoiser un instant ce qui va s’éloigner, descendre plus bas que la toile?
Rodolphe Cosimi a accompagné de quelques-unes de ses maximes sa démarche picturale. En fermant la porte de son atelier, il ne manque pas de penser que l’ouvrage fini est encore peut-être inachevé puisque en séchant les pigments et la matière obtenue ont une vie hors de la main de l’artiste, réservant dit-il «bien des surprises». Ce sont des surprises qu’il propose aux amateurs d’art.

Denis Chollet [In catalogue Exposition Palais de la Méditerranée 2007]

SERIE 1 « Coulures » 2006/2008

L’engagement dans la peinture.

L’engagement dans la peinture doit être net. Sans bavure. La compromission n’existe que par rapport à soi-même. Ce qui doit être dit sera dit. Le contemplateur éprouvera son apport par le degré de respect, d’affection qu’il accordera à la toile. C’est une sujétion que l’éducation, le goût, la sensibilité permettront de percevoir. Entre le créateur, peintre ou sculpteur, et le contemplateur qui devient actif, acceptant de concevoir l’œuvre par les yeux de l’artiste.
Ainsi, l’attrait délibéré et courageux des «Coulures» sera pour l’un et l’autre un pacte d’alliance, une garantie de plénitude suggérée et reçue. Cela va des quadratures voulues des coulures à la fierté audacieuse des couleurs, à leur austérité revendiquée, issue de parallélismes, de verticales que d’éventuelles plages noires rehaussent et soutiennent.
Cette peinture est acte de peindre. Le mouvement rectiligne et chutant s’orchestre de pâtes fortes ou subtiles. Elles complètent l’idée initiale de la coulure qui est décision d’écriture, liée à l’attraction terrestre.
Le vecteur de la nature équilibre l’intention du créateur, ici investie dans une pesanteur inexorable mais, par choix de l’artiste souple et sensible.
Le contemplateur en appréciera les rythmes, l’élégance et le raffinement. Son engagement prendra corps, il sera l’ami et le complice du peintre.

Octobre 2007, Michel Gaudet [In catalogue Exposition Palais de la Méditerranée 2007]