4 – Polychromics forms [2010/2011]

Rodolphe Cosimi Adagp 2015

Rodolphe Cosimi. Adagp Paris, 2018

  

Rodolphe Cosimi. Adagp Paris, 2018

  

Rodolphe Cosimi. Adagp Paris, 2018

  

Rodolphe Cosimi. Adagp Paris, 2018

  

Rodolphe Cosimi. Adagp Paris, 2018

  

Rodolphe Cosimi. Adagp Paris, 2018

Présence . Polychromic forms

La série 4 des «Coulures», travail de référence de l’artiste plasticien Rodolphe Cosimi, est consacrée à la création de sculptures polychromes intitulées Présences. Expérimentales, elles combinent volume et peinture pour produire des formes hybrides qui semblent croître à l’infini. Après avoir abordé la sculpture, par l’étude et les réalisations de bas-reliefs contemporains orientées vers l’intégration de l’art dans la ville, l’artiste associe étroitement dans cette nouvelle approche, le travail de sculpture à celui de la peinture, toujours en continuité de ses recherches sur les coulures. Il s’agit ici d’une avancée significative dans sa démarche où la sculpture porte résolument son langage et engendre son identité.
Cette série présente des formes presque humanoïdes, surgies de l’imaginaire ou de l’inconscient, qui ont la vitalité organique des forces secrètes de la vie, dans la tension figée de leur lente remontée des abysses, de leur émergence de la terre. L’artiste reste fidèle à la verticalité quasi sacrale et à une abstraction qui rejette l’idée de représentation, préférant une création qui porte en elle ses propres lois. Henri Laurens a écrit : « la sculpture est essentiellement une prise de possession d’un espace, la construction d’un objet par des creux et des volumes, des pleins et des manques, leur alternance, leurs contrastes, leur constante et réciproque tension et, en définitive leur équilibre… Avant d’être une représentation de quoi que ce soit, ma sculpture est un fait plastique et, plus exactement, une suite d’événements plastiques, de produits de mon imagination, de réponses aux exigences de la construction. » Ici, l’artiste Cosimi choisit de transgresser le réel et de s’en éloigner volontairement pour ouvrir sa création plastique où la notion d’accident – rappelons le sens d’accidens qui vient de accido, signifiant : tomber sur, – devient une condition sine qua none, un support dans la logique des coulures et de leur existence.
Dans les métamorphoses informelles de ces Présences, les formes s’engendrent, sans cesse renouvelées dans des mélanges matière/peinture qui donnent naissance à des figures qui se racontent selon ce que chacun voit,  évoluant selon des architectures fragmentaires, mues par une dynamique ascensionnelle et des poussées intérieures. Constructeur, Rodolphe Cosimi crée et exprime, comme une évocation géologique, l’intensité des chromatismes et des tensions vitales, un monde à venir dans un apparent équilibre. Appréciant les possibilités plastiques infinies de la matière mais aussi celles de la palette polychromique, l’artiste travaille la terre, ce matériau tactile dont l’immédiateté dispense une expressivité profonde. Ce langage figuré décline des configurations anthropomorphes d’une troublante incarnation. La polychromie modèle la lumière tout en renforçant le volume et les effets. A travers ses œuvres nouvelles et mystérieuses, Rodolphe Cosimi donne vie à la matière et l’habille.
L’argile sert aussi la gestuelle très personnelle de la main de l’artiste, telle une chorégraphie aux attitudes d’improvisation, jouant avec les déséquilibres harmonieux. L’aléatoire de la sculpture et de la peinture lui dictent cette écriture personnelle dans une mise en volumes articulée. Ainsi, dans cette envolée de plis, de torsions, de courbures, de cavités, de protubérances, sa sculpture fait appel à l’improvisation comme à la pensée. Rodolphe Cosimi s’attache, avec une égale conviction, à développer les thèmes de liberté de mouvement, d’écoulement, de temps et d’évènements, liés aux métamorphoses exprimant l’énigme de l’être et des traces qu’il laisse dans l’espace, dans le temps. Dans la complexité des phénomènes que le regardeur peut apprécier à travers ces œuvres, les reliefs et les traces interagissent mystérieusement, établissant un dialogue entre la forme et l’espace, entre la lumière et les plans qui la réfléchissent.
Dans cette sculpture peinte au fort pouvoir imaginaire, c’est un univers qui se dévoile, sous l’emprise de ce que Rodolphe Cosimi appelle les grandes forces de la nature. Se voulant architecture métaphorique aux volumes primitifs voire organiques, chaque pièce évoque la temporalité, l’autonomie, la condition existentielle et chaque fragment, derrière son enveloppe sensible, dispense des tensions ou libère des énergies. Elle donne naissance à une réflexion, une méditation sur la présence, s’inscrivant dans la source des origines, cristallisant l’ordre existentiel et le mystère de la création. Par la peinture qui s’y appose, qui y coule, qui y serpente, qui se fraie un chemin sur le parcours du relief, Rodolphe Cosimi interroge l’art où les valeurs humaines et la réflexion dialoguent à l’unisson de la matière, tentant, dans l’aventure spirituelle et plastique, d’exprimer l’inexprimable.
L’écrivaine Paule Stoppa parlait, dans l’une de ses critiques consacrée au travail de l’artiste (§ «Coulures, ou quand l’accident devient langage» 2007), de la volonté de ce dernier à «s’exercer à provoquer l’existence des coulures et à en démêler les sens conduisant un propos dont l’ambition s’apparente à celle d’aussi grands créateurs que Pierre Soulages ou Jackson Pollock». Le passage à la troisième dimension conduit ici l’artiste à la mise en évidence de multiples possibilités de développement sur de nouveaux «terrains d’expérience», comme il aime à le qualifier, terrains à travers lesquels va cheminer et exister la peinture au gré des complexités de telles sculptures. La question de l’impossibilité de prévision, de contrôle ou bien de maîtrise se pose encore de façon récurrente, et ce, depuis la toute première série. Dans ces périls potentiels de la matière, les coulures évoluent et profitent des vides et des saillies issus, somme toute, d’un environnement différencié, pour se manifester pleinement et instinctivement. Produire l’accident plastique/langage, réunir dans la confrontation l’élévation de la matière et la chute des Coulures sont la prémisse du processus créateur de Rodolphe Cosimi.
Texte d’introduction du catalogue Exposition St Cézaire 2010

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